L'article

14
déce
2013

République Centrafricaine : Le désespoir de la population

Dans un nouveau rapport, Amnesty International révèle qu’en République centrafricaine, le désespoir de la population est plus profond que jamais du fait des atteintes persistantes et de grande ampleur aux droits humains, qui sont susceptibles de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Entre les conflits au Mali et en Syrie, entre l’intervention militaire de la France dans le premier et l’hésitation des États-Unis dans le second, la crise humanitaire et sécuritaire en République centrafricaine (RCA) est plus ou moins passée inaperçue. Ce pays a ressurgit à l’improviste à la une des journaux fin 2012 alors que la sécurité des ressortissants français à Bangui était menacée par les combats opposant les forces du président Bozizé à des factions armées. Au cœur de l’été 2013, le pays a de nouveau quitté le devant de la scène médiatique. Pourtant il suffit de jeter un coup d’œil sur la carte d’Afrique pour comprendre qu’il y’a un cocktail explosif en RCA. Elle est encerclée par la présence de mercenaires tchadiens et soudanais, de la sanglante rébellion ougandaise Armée de résistance du Seigneur (LRA), sans compter le probable arrivé de djihadistes chassés du Mali ou d’éléments de la secte nigériane Boko Haram. Des six pays limitrophes à la RCA, quatre peuvent être qualifiés d’être en conflit ou en situation de paix fragile (la RDC, le Soudan, le Sud Soudan et le Tchad, les deux autres pays étant le Cameroun et le Congo.

Depuis la première élection multipartistes du 19 septembre 1993 qui à porté au pouvoir Ange-Félix PATASSE, les instabilités politiques sont chroniques en RCA, on ne compte plus les coups d’État. Le 24 Mars dernier, suscité par une paupérisation et insécurité croissantes, une perte de contrôle d’une grande partie du territoire et l’abandon de ses soutiens régionaux et internationaux, un mouvement composite et hétéroclite de groupes rebelles venu du nord, le SELEKA, dirigé par Michel DJOTODIA a détrôné le général BOZIZE en poste depuis mars 2003 (suite à un coup d’État organisé à partir du Tchad renversant Ange-Félix Patassé). La situation est caractérisée par une violence de plus en plus courante où les cas d’arrestations et de détentions arbitraires, de violences sexuelles, d’actes de torture, de viols, de pillage, d’assassinats ciblés et de recrutements d’enfants soldats. Le pays est en déshérence, il est livré à des chefs de bande et des mercenaires étrangers, l’Etat s’est effondré et les violences menacent de prendre un tour religieux entre chrétiens, qui constituent la majorité de la population de 4,6 millions d’habitants, et musulmans. Certaines des attaques semblent viser tout particulièrement des groupes religieux ; des membres de la Seleka, musulmans pour la plupart, prennent ainsi pour cibles les églises et ceux qu’ils soupçonnent d’être chrétiens. Parallèlement, des miliciens chrétiens s’en prennent aux musulmans dans le pays tout entier.

La situation humanitaire en République centrafricaine est catastrophique, des milliers de personnes dépendant de l’aide humanitaire pour se nourrir et se soigner. 400 000 personnes (dont 100 000 enfants) ont été déplacées à l’intérieur du pays, dont plusieurs vivent dans la brousse n’ayant pas ou peu accès à l’aide humanitaire. 70 000 personnes ont quitté le pays, trouvant pour la plupart refuge en République démocratique du Congo. 484 000 habitants (10,5% de la population) souffrent d’insécurité alimentaire sévère. Enfin, on estime à 3 500 le nombre d’enfants soldats. Des 195 millions $ demandés pour l’aide humanitaire en 2013, seulement 32% se sont concrétisés par des promesses de dons. Des 4,2 millions $ demandés pour l’hébergement d’urgence, aucun sou n’a été reçu. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’espérance de vie a diminué entre 1985 et 2012, passant de 49 à 48 ans. Le revenu national brut par habitant a aussi régressé, passant de 909 à 722 $ pour la même période. Depuis le coup d’État, le gouvernement provisoire n’a démontré aucun réel pouvoir ou contrôle de la situation. Les rapports d’abus et de désordre se répètent et font craindre à certains la normalisation d’une situation sans État dans une région qui n’a nullement besoin d’une zone non gouvernée. Pour le moment, l’action internationale demeure très limitée : une force de l’Union africaine sans grand moyen et une réponse humanitaire presque anémique. Nous sommes donc en position de poser une question fondamentale : Comment se fait-il que certaines crises passent (à toute fin pratique) inaperçues alors que d’autres reçoivent toute l’attention ou presque ? Selon quels critères et selon qui un conflit devient-il, ou non, digne d’une (ré) action internationale ?

En août 2013, l’Union africaine autorisait la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) qui est composée de 3 650 hommes, dont 2 500 militaires, 1 000 policiers et 150 civils. La Misca remplace la Mission de consolidation de la paix en Centrafrique (Micopax) qui était sous l’autorité de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Le déploiement des effectifs de la Misca n’est pas terminé. Mais cette force sous l’égide de l’Union africaine « est sous-équipée, sans capacité financière soutenable, et certains de ses contingents, au lieu de protéger les populations, monnayent leurs services de sécurité à des firmes privées », estime le numéro 2 des opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet. « Personne ne croit au succès de la Misca, seule l’ONU sait et peut faire en matière de protection des civils », estime un des nombreux acteurs humanitaires. Ainsi donc l’Afrique se montre une fois de plus non seulement incapable de prévenir les conflits sur son continent, mais aussi de protéger ses populations emprises à des guerres.

Une fois de plus, les regards sont tournés vers les occidentaux, et la France en particulier. Cette dernière contrairement au Mali n’a pas souhaité intervenir sans mandat de l’ONU (aller chercher pourquoi !). Il lui a donc fallu huit mois pour convaincre les quinze pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU sur le « besoin d’une action rapide et décisive » en République centrafricaine. En attendant le vote du texte par l’assemblée générale, la France a déjà annoncée le déploiement d’un millier de soldats en république centrafricaine « pour une période brève, de l’ordre de six mois à peu près » Même si certains ne vont cessez de s’interroger sur les vrais motivations de la France à intervenir en RCA, je préfère penser que leur intervention permettra d’éviter un massacre de masse.

Correspondance de ADF.



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