L'article

- ADF
27
déce
2013

Prostitution : Faut-il pénaliser les clients ?

L’assemblée nationale française débat en ce moment d’une proposition de loi qui divise la classe politique et qui vise à sanctionner l’achat d’actes sexuels d’une amende de 1500 euros doublée en cas de récidive. Le texte prévoit également comme alternative à l’amende un "stage de sensibilisation à la lutte contre l’achat d’actes sexuels". L’assemblée nationale française vient de voter une loi visant à sanctionner l’achat d’actes sexuels d’une amende de 1500 euros doublée en cas de récidive. Le texte prévoit également comme alternative à l’amende un "stage de sensibilisation à la lutte contre l’achat d’actes sexuels". Cette loi à divisé toute la classe politique et même au delà.

Cette loi marque une révolution dans la lutte contre la prostitution car elle sanctionne les clients de prostituées qui étaient jusqu’ici les seuls maillons de la chaîne à ne pas être punis, malgré le fait que leur responsabilité dans le développement de la prostitution ne soit pas contestée. Selon la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, le texte de loi vise avant tout à accompagner la lutte contre les réseaux de prostitutions qui exploitent des filles en majorité étrangères (80 à 90% des prostituées en France selon le ministère de l’Intérieur) et les nombreuses mesures d’accompagnement social et professionnel pour celles ou ceux qui souhaitent sortir de la prostitution. Pour les personnes étrangères engagées dans ce « parcours de sortie », un titre de séjour de six mois, renouvelable et la possibilité de bénéficier de l’allocation temporaire d’attente (ATA), de 336 euros mensuels, est prévu sous conditions. En punissant les clients, l’objectif est de « faire prendre conscience aux clients que leur argent alimente les réseaux » et de réduire la demande et par ricochet l’offre selon le principe qu’il n’ya pas de commerce sans client. L’examen de cette loi a pourtant soulevé des interrogations dans chaque famille politique française ainsi que dans toutes les associations et parmi les intellectuels et personnalités. Les poncifs qui traversent la société sur “le plus vieux métier du monde”, traversent aussi l’institution parlementaire. Certains comme des médecins et des associations s’inquiètent du fait que cette loi va plutôt réduire à la clandestinité les clients et donc les prostitués pour enfin les mettre en insécurité comme l’avait fait la loi sur le racolage passif de 2003. Pour l’OMS, la pénalisation de la prostitution nuit d’ailleurs à la santé de celles qui la pratiquent. "Qu’ils soient victimes ou pas de la traite d’êtres humains, les travailleurs du sexe sont très exposés à la violence physique et sexuelle, en particulier quand ils travaillent dans l’illégalité", note l’organisation mondiale de la santé dans un de ses rapports. En clair, tous ceux qui ne peuvent pas faire autrement que voir une prostitué pour satisfaire leur besoin sexuel, et qui ne sont pas pris en compte dans cette loi seront obligés de plonger dans la clandestinité. Certains intellectuels ont même signé une pétition défendant le droits de deux adultes à avoir des relations sexuels qu’elles soient tarifées ou non. La philosophe Elizabeth Badinter quant a elle, estime que « Sous prétexte de lutter contre les réseaux, c’est la prostitution qu’on veut anéantir. L’État n’a pas à légiférer sur l’activité sexuelle des individus, à dire ce qui est bien, ce qui est mal » et juge anormale la pénalisation des clients tout autant que l’autorisation de la prostitution, autrement dit : les choses sont bien telle qu’elle. Certaines personnalités ont publié un manifeste, baptisé « Manifeste des 343 salauds », d’autres sous le nom « Touche pas à ma pute ». Tous sont contre les lois anti-prostitution en estimant que l’État n’aurait pas à établir de hiérarchie morale dans la sexualité des Français en disqualifiant par avance les relations tarifées par rapport aux autres jugées "normales". La liberté sexuelle serait ni plus, ni moins en danger. Idem pour la liberté des femmes et des hommes à disposer de leur corps, fut-ce en le vendant : au nom de quelle loi supérieure remettre en cause leur consentement d’adultes ? S’il est vrai que la position abolitionniste de la ministre des droits de la femme est moralement respectable, elle me parait néanmoins illusoire et utopique. Elle est par ailleurs à la fois "antisociale" et "liberticide". Il faut reconnaître que la pénalisation des clients risque de renvoyer les prostituées dans l’ombre dangereuse et infamante de la clandestinité et pousserait vers les abîmes de la misère sociale des milliers de professionnelles du sexe. J’estime que c’est un risque que la société peut prendre car après avoir tout essayé sans succès pour juguler la prostitution, il n’ya peut être pas d’autre solution que d’assécher l’offre en ciblant les clients, complices d’une abomination ordinaire. Il faut cependant se demander si la prostitution est réellement un choix de la part de ceux et celles qui la pratiquent, ou est ce juste parce qu’elles n’ont pas d’autre choix que de vendre leur corps. Une société peut-elle accepter que des êtres humains n’aient pas d’autre choix que de vendre leur corps, qu’ils se fassent exploiter et réduits au néant par d’autres. La liberté sexuelle n’est dans ce cas à mon avis, qu’un prétexte utilisé pour offrir des libertés aux hommes sur les femmes. Car la prostitution c’est avant tout de la traite. De même, le consentement des prostituées qui disent vivre et même parfois aimer leur métier est selon d’ancienne prostituées, le résultat d’un mécanisme, auto protecteur, de déni ; une déconnexion du corps et de l’esprit. La prétendue "maîtrise de son propre destin" masque très souvent un immense désarroi qui se traduit par un taux de suicide 18 fois plus élevé chez les prostituées.

En matière de prostitution, Il n’existe pas pour ma part de zone grise, soit on réglemente soit ont abolit. On ne peut pas se contenter d’une simple prohibition. La demi-mesure n’est simplement pas possible car il n’y a pas une prostitution acceptable et une prostitution sordide, celle de la traite de filles immigrées livrées au bon vouloir de leurs souteneurs. Il n’y a pas de "sphère privée" qui vaille quand une activité humaine refuse toute humanité à celles et ceux qu’elle exploite, et en en réduit, d’ailleurs, l’espérance de vie, de 40% inférieure à celle du reste de la population. Que cet asservissement existe depuis "la nuit des temps", ne change pas le problème car "Il y a plein de scandales qui existent depuis toujours ! Est-ce une raison pour ne pas s’y attaquer ?"

Certains pays comme l’Allemagne ont fait le choix de réglementer la prostitution. Depuis 2002, date de la libéralisation de la prostitution qui avait pour objectif de permettre aux « travailleuses du sexe » de poursuivre en justice un client mauvais payeur et de cotiser aux caisses retraite et maladie comme les autres salariés. Douze ans plus tard le bilan est très contesté car Seuls 44 prostitués sont officiellement enregistrés comme travailleurs du sexe auprès des organismes sociaux, alors que le chiffre d’affaires est estimé à 14,6 milliards d’euros par an. Le marché s’est tellement développé avec des effets pervers. De nouvelles formes de maisons closes ont fleuri un peu partout en Allemagne. Des établissements gigantesques, ouverts 24 heures sur 24 et offrant, côte à côte, activités de « bien-être » et sexe « à volonté » ont fleuri partout en Allemagne et ventant leurs mérites à coups de pubs sur les culs de bus. Certaines maisons closes proposent de noter les prestations des filles sur leur site internet, d’autres proposent même un tarif unique pour « autant de passes que tu peux ». La libéralisation a fait de L’Allemagne, la plaque tournante de la prostitution en Europe et du tourisme du sexe. Elle compte officiellement 400.000 prostitués dont 80% seraient originaire de Bulgarie et de Roumanie. 90% d’entre elles travaillent contre leur gré, dans des conditions parfois épouvantables. Selon Alice Schwarzer. Papesse du féminisme allemand et fondatrice du magazine Emma : Celles qui disent être volontaires agissent, en fait, sous la pression de la misère ou ont été victimes de violences sexuelles dans leur enfance, ce qui a détruit leur estime d’elles-mêmes. La situation est tellement contestée, que de plus en plus de voies s’élèvent pour demander la révision de la loi sur la prostitution. Les choses risquent de changer prochainement car dans le cadre des négociations en vue de former un gouvernement, la CDU et le SPD entendent encadrer plus strictement la pratique du sexe tarifé pour remédier aux excès liés à la loi libérale de 2002.

A l’opposé de l’Allemagne, la Suède à fait le choix de l’abolition depuis 1999 en décidant de sanctionner les prostitueurs-clients. Ici, en plus des amendes, après 3 ans où la peine était fixée à 6 mois de prison, elle est montée à 1 an. Toutefois, aucune peine de prison n’a été prononcée. En revanche, les prostitueurs-clients ont reçu des amendes. Et ces amendes ont eu un effet assez dissuasif car 14 ans après, la prostitution de rue divisée par deux, 70% de la population aujourd’hui satisfaite de la loi (contre 30% au moment de son vote) et un chiffre encore plus élevé auprès des jeunes pour qui, acheter un acte sexuel n’est pas normal. Le plus important est aussi que les trafiquants ne s’intéressent plus au « marché suédois ». Ce qui prouve que jouer sur la demande permet en premier lieu de lutter contre le trafic.

Les chiffres encourageant de la Suède ont inspiré plusieurs pays comme la Norvège qui s’est elle aussi dotée d’une loi abolitionniste en 2009. Il ne fait aucun doute que « C’est le client et son argent qui génèrent le marché et c’est le grand absent de la législation. Pénaliser le client, c’est mettre la lumière là où il y a la responsabilité. C’est une mesure qui doit s’intégrer dans une galaxie d’actions, de la sensibilisation à la lutte contre le proxénétisme. »

ADF



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