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19
mars
2012

Lutte contre la corruption : le Contrôle supérieur en action

Des dizaines de gestionnaires présumés indélicats défilent depuis début mars devant le Conseil de discipline budgétaire et comptable.

28 février 2012. Le ministre délégué à la présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, Henri Eyebe Ayissi, fait parvenir à la presse une note d’information qui aura le don de ressusciter le spectre de l’« Opération épervier », du nom de la campagne d’assainissement de la gestion de la fortune publique qui fait des victimes depuis plus de 05 ans au Cameroun. Sur la base de l’exploitation des rapports des missions de contrôle produits par des inspecteurs d’Etat, en 2011, et « avec le très haut accord de Monsieur le président de la République », M. Eyebe Ayissi indique avoir signé 04 décisions portant traduction devant le Conseil de discipline budgétaire et comptable (Cdbf) de certains hauts responsables ayant agi ès qualité.

Il s’agit du directeur général de l’Agence de régulation des marchés publics (Armp), Jean-Jacques Ndoudoumou, concernant la gestion de cette structure publique au cours de la période allant de 2007 à 2010 ; du directeur général du Parc national du matériel de génie civil (Matgénie), Niwalong Otong et de son prédécesseur, Jeremiah Andoseh, pour la gestion de cet établissement public, au cours de la période allant de 2007 à 2009 ; du délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Limbe, Motamba Andrew Moundjimba au titre de la gestion de cette collectivité territoriale décentralisée pour la période allant de 2002 à 2008 et, enfin, du recteur de l’université de Yaoundé II-Soa, Jean Tabi Manga, au titre de la gestion de cet établissement à statut spécifique au cours de la période allant de 2006 à 2009. « Les hautes personnalités ainsi mises en cause seront convoquées, conformément aux procédures fixées par les textes en vigueur, pour être entendues dans le cadre de l’instruction des affaires les concernant, par les inspecteurs d’Etat respectivement désignés rapporteurs à cet effet », précise le Consupe.

Le 29 février, alors que s’accumulent les commentaires autour de cette convocation de hauts cadres de l’administration camerounaise, le directeur général de la Semry (Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua), Marc Samatana, est entendu au Cdbf pour sa gestion de l’entreprise pour la période 2006-2009. Idem pour le directeur de l’hôpital de district de santé d’Ebolowa. M. Samatana, convaincu de « faute de gestion », s’en tire avec une amende de 31 millions Fcfa.

Tolérance zéro ?

Le 29 février, toujours. Le ministre Eyebe Ayissi fait publier une liste de 83 fonctionnaires et agents de l’Etat venant des 10 régions du Cameroun, appelés à s’expliquer devant le Cdbf. Ils ont assumé des responsabilités de gestion entre 2002 et 2007. Il y a là un directeur de l’administration centrale un département ministériel, un ancien chef de district, des proviseurs de lycées, des directeurs de collèges d’enseignement secondaire (Ces) et d’écoles primaires, des comptables-matières, d’anciens délégués provinciaux et départementaux de certains départements ministériels ou d’ex-responsables de formations hospitalières. Le lundi 05 mars, c’est au tour d’Emmanuel Ngolo Ngama, ancien délégué du gouvernement auprès de la commune à régime spécial de Nkongsamba, d’être convoqué.

L’heure de la tolérance zéro a manifestement sonné. Le 14 mars, à l’ouverture du forum national sur la protection non judiciaire des atteintes à la fortune publique, M. Eyebe Ayissi reprécise la pensée présidentielle à ce sujet : « (…) Après la phase pédagogique et le temps des mises en garde solennelles, l’heure de la répression tous azimuts a sonné, sans considération des statuts personnels et professionnels ou des origines géographiques des uns et des autres. L’Etat sévira désormais de façon systématique. » Seule ombre au tableau : l’application de l’article 66 de la Constitution portant déclaration de biens de détenteurs de mandats électifs et autres gestionnaires de crédits, qui n’est visiblement pas à l’ordre du jour. Le pouvoir en fait une question de souveraineté nationale…


Écrit par Georges Alain Boyomo

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