L'article

28
octo
2009

Les « révélations » d’Ambassa Zang

Dieudonné Ambassa Zang, l’ancien attaché à la résidence de la République, ancien ministre des Travaux publics et aujourd’hui député de la nation en fuite, a pesé d’un poids énorme dans l’ouverture du procès ministère public et Etat du Cameroun contre Titus Edzoa, Michel Thierry Atanagana et les autres. Aujourd’hui que l’affaire revient dans l’actualité, Le Messager a pu avoir accès aux dénonciations qui ont permis à la Justice de ficeler le dossier relatif à la gestion, entre 1994 et 1997, du Comité de pilotage du projet de construction des axes routiers (Copisur) Yaoundé – Kibri et Ayos – Bertoua. M. Ambassa Zang était le vice-président du Copisur alors que Michel Thierry Atangana en était le président ; tous travaillaient sous la supervision de Titus Edzoa, secrétaire général de la Présidence.

L’honorable Ambassa Zang ouvre les hostilités le 27 septembre 1996. Dans une correspondance adressée à Amadou Ali qui vient de remplacer Titus Edzoa à la présidence de la République, il écrit : « Le Comité n’a atteint aucun de ses objectifs […], les études n’ont jamais été achevées alors qu’elles ne demandaient que des mises à jour […] Les travaux n’ont jamais eu un commencement d’exécution […] Tout a fonctionné dans un imbroglio organisé minutieusement dès la source. Le financement était tellement obscur que tour à tour des multinationales du Btp [bâtiment et travaux publics], des sociétés pétrolières installées au Cameroun, des sociétés d’Etat ont été sollicitées… »

C’est cette correspondance de Dieudonné Ambassa Zang – même si elle est, semble-t-il, le résultat d’une demande verbale d’explications – qui suggère l’ouverture d’une enquête sur la gestion du Copisur. Celle-ci est ordonnée au délégué général à la Sûreté nationale par Amadou Ali le 6 mai 1997. Au cours de l’audition de M. Ambassa Zang comme témoin le 29 juillet 1997, il déclare au magistrat chargé de l’information criminelle, Jean-Pierre Mvondo Evezo’o : « Je ne partageais pas les méthodes, les procédures peu cavalières et les objectifs de l’intéressé qui, à mon avis, consistaient à amasser le maximum d’argent possible. J’ai confié aux ministres René Owona et Martin Okouda, à M. Rémy Ze Meka que le Comité allait très mal et qu’il fallait absolument faire quelque chose dans le sens de le dissoudre parce qu’il n’avait pas su remplir les attentes du chef de l’Etat. »

Regrets

Dieudonné Ambassa Zang avait un pincement au cœur de n’avoir été nommé président du Copisur. Il laisse percevoir que c’est lui qui devait être désigné en lieu et place de Michel Thierry Atangana. Au cours de l’audition citée plus haut, il affirmait : « Le ministre secrétaire général de la présidence de la République , le professeur Joseph Owona [Titus Edzoa l’a remplacé, ndlr] qui partageait mon point de vue m’a fait venir dans son cabinet et m’a fait comprendre que compte tenu de mon expérience, il s’attendait à ce que je puisse présider ce comité et a fait des propositions dans ce sens au chef de l’Etat. Le chef de l’Etat a plutôt suivi la proposition de l’entreprise Jean Lefebvre. » Sur proposition du groupe Jean Lefèbvre donc, Paul Biya a plutôt nommé comme président du Copisur, par arrêté le 8 juillet 1994, Michel Thierry Atangana qui représentait, entre autres, les intérêts de ce groupe français.

Quand l’enquête débutée en 1997 reprend, Dieudonné Ambassa Zang élabore « une note [signée le 9 mai 2008] pour l’intelligence à la fois du magistrat instructeur et du procureur de la République près le tribunal de grande instance du Mfoundi en perspective de son réquisitoire définitif. » L’honorable affirme que « le Copisur est devenu une espèce de pieuvre qui s’est écartée de ses missions telles que définies par le texte présidentiel […] La concrétisation de cette volonté présidentielle s’est heurtée à l’amateurisme du président du comité de pilotage, sans lien avec l’administration et manifestement pas du tout préparé pour assurer de telles responsabilités par ailleurs au-delà de ses compétences. » M. Ambassa Zang qui était également président de la commission spéciale des marchés du Copisur conclut que « cette dérive que j’ai refusé de cautionner, laquelle m’a valu la mise à l’écart et la suspicion de ma hiérarchie directe, a été faite au vu et au su de tous, sans que cela émeuve outre mesure. » Mais quel crédit accorder aujourd’hui à toutes ces affirmations ?

Marlyse Sibatcheu

Le Messager Quotidien



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