L'article

23
sept
2015

Kepler 452b, une "vieille cousine de la Terre un peu enveloppée"

La Nasa annonce de nouvelles découvertes réalisées grâce au télescope spatial Kepler. Au menu, 500 exoplanètes, dont 12 "terrestres" en zone habitable... Et Kepler 452b.

Le télescope spatial Kepler mérite bien sa réputation de "chasseur d’exoplanètes". Grâce aux données qu’il a collectées, les scientifiques ont en effet pu identifier un grand nombre de ces planètes tournant autour d’autres étoiles. Ainsi, en février 2014, la Nasa avait-elle pu annoncer 715 de ces autres mondes... Aujourd’hui, ce sont 500 exoplanètes qui viennent s’ajouter à la liste, portant à plus 4.661 le "tableau de chasse" de Kepler (dont 1.877 confirmées par d’autres observations).

Bien entendu, dans ce genre d’annonce, on songe tout de suite à la découverte d’une nouvelle Terre, une planète encore mythique qui aurait toutes les caractéristiques nécessaires pour abriter la vie. Aujourd’hui, Kepler en ajoute une douzaine à la liste : 12 exoplanètes de moins de deux fois la masse de notre bonne vieille Terre, et qui se situeraient dans la "zone habitable" autour de leur étoile. Parmi elles, une seule a été confirmée pour l’instant : Kepler 452b.

Ce que la Terre subira dans 1 milliard d’années

Kepler 452b n’est pas la porte à côté : en voyageant à la vitesse de la lumière, il faudrait 1.400 ans pour l’atteindre. La planète possède pourtant d’autres qualités... dont son soleil. L’étoile de Kepler 452b ressemble en effet à ce que notre Soleil pourrait être dans un milliard et demi d’années. Elle n’est que 4% plus massive et 10% plus brillante, ce qui en fait une "cousine", en quelque sorte, et c’est d’ailleurs l’élément le plus intéressant de cette découverte. Autour de cette étoile assez semblable à la nôtre se trouve donc une planète rocheuse de type "super-Terre".

Cette planète, Kepler 452b, tourne autour de son étoile à peu près à la même distance que la Terre tourne autour du Soleil (son année est de 385 jours), et est donc bien entendu en zone habitable. Selon les données enregistrées, Kepler 452b serait une planète rocheuse (comme la Terre), mais sa masse n’a pas encore été détectée. En revanche, elle aurait une taille 60% supérieure à la Terre, et pourrait toujours être sujette à une activité volcanique. Celle-ci serait en quelque sorte une "vieille cousine un peu plus enveloppée"...

Pour ceux qui rêvent déjà de "Terre 2.0", Kepler 452b n’est pas la meilleure candidate qui soit. Doug Caldwell, chercheur au Seti Institute, précise en effet :

Si Kepler 452b est bien une planète rocheuse, sa position par rapport à son étoile pourrait signifier qu’elle vient juste d’entrer dans la phase d’emballement de l’effet de serre de son histoire climatique. L’énergie croissante de son soleil vieillissant doit chauffer sa surface et pourrait faire évaporer les océans. La vapeur d’eau serait alors perdue pour toujours. Kepler 452b pourrait bien connaître aujourd’hui ce que la Terre subira dans plus d’1 milliard d’années, quand le Soleil vieillira et deviendra plus lumineux".

Si elle n’est pas une autre Terre, cette exoplanète est cependant d’un grand intérêt pour les astronomes. Joseph Twicken, du SETI insitute et programmeur scientifique de la mission Kepler, explique : Kepler 452b représente un pas de plus pour comprendre combien de planètes habitables se trouvent là dehors."

Mais du fait qu’elle est plus ancienne, elle a également pu avoir le temps de développer des formes de vie, même si aujourd’hui celles-ci seraient menacées par l’évolution de leur étoile.

Reste que l’on attend la confirmation des 11 autres exoplanètes rocheuses en zone habitable, en espérant que l’on pourra trouver parmi elles une planète qui puisse ressembler à la nôtre, davantage que celles que nous connaissons jusqu’ici.

Les précédentes "jumelles"

- Alpha Centauri B, l’une des composantes du système triple le plus proche de la Terre (4,36 années-lumière), aurait une planète de une à trois fois la masse de la Terre, mais qui ne se situerait pas en zone habitable et resterait à confirmer.

- Kapteyn b, à 13 années-lumière, est en zone habitable mais elle n’est pas exactement une "autre Terre" : elle fait cinq fois la masse de notre planète. De plus, sa découverte a été récemment remise en question.

- Gliese 832c, à 16 années-lumière, a soulevé des espoirs. Ce serait une "super-Terre" de cinq fois la masse de notre planète, et elle serait en zone habitable, même si l’on pense que ses saisons très marquées en feraient une planète pas très hospitalière, peut-être même une " super-Vénus" torride.

- Gliese 581d, à une vingtaine d’années-lumière, a fait l’objet de discussions, la dernière étude en date allant dans le sens de la confirmation de son existence. Mais si elle se trouve en zone habitable, elle n’a rien d’une Terre : avec sept fois la masse terrestre, ce serait plutôt une parente de notre Neptune.

- Kepler 186f.

Annoncée en grande pompe par la Nasa en avril 2014, elle est considérée comme une "presque jumelle" de la Terre. Rocheuse, avec 1,1 fois la masse terrestre, elle se trouve en zone habitable autour de son étoile, une naine rouge ... à 490 années-lumière de nous.

La zone habitable, une définition qui a ses failles

On considère que la zone habitable autour d’une étoile correspond à la distance à laquelle l’eau pourrait exister à l’état liquide, une condition nécessaire à la vie telle que nous la connaissons. Mais cette définition ne correspond pas à une condition suffisante.

Par exemple, dans notre système solaire, Mars et Vénus sont toutes deux en zone habitable au même titre que la Terre et (pour l’instant) Mars est un désert poussiéreux et Vénus un enfer. A l’inverse, on a découvert des océans sous la surface de lunes actives, comme Europe autour de Jupiter, ou même, encore plus loin, Encelade, autour de Saturne.

Kepler, le chasseur d’exoplanètes

Dédié à la recherche d’exoplanètes, le télescope spatial Kepler a été lancé par la Nasa en mars 2009. Pointé vers une toute petite région du ciel, entre les constellations du Cygne et de la Lyre, il a enregistré une masse colossale de données avant d’être interrompu par un problème technique empêchant de le pointer correctement.

La fin de sa mission a alors été envisagée, mais des scientifiques ont trouvé un moyen de lui donner une nouvelle vie en utilisant la pression des radiations solaires pour contrôler sa direction. Cela a donné naissance à la "mission K2", qui observe actuellement des zones du ciel dans le plan de l’écliptique (le plan de l’orbite terrestre).

Jean-Paul Fritz

Source : "l’Obs"



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