L'article

- ADF
25
nove
2012

Hommes battus, les oubliés des violences conjugales

Le sujet de ce parti pris peut prêter à sourire... Pourtant ce n’est ni drôle ni du cynisme déplacé ou des paroles visant à provoquer des femmes. Il y a une semaine, lorsque j’évoquais ce sujet avec un ami, il a alors eu l’intelligence de m’envoyer ce témoignage copié sur un forum ; ce qui va me décider à rédiger ce parti pris :

« Je suis un homme, un homme qui n’est pas violent avec les femmes ; un homme qui est aussi père. Il y a 7 ans dans mon couple d’alors j’ai subi une violence terrible, verbale et psychologique. J’ai sombré dans une dépression grave et aiguë, j’ai songé au suicide. Pourquoi dans les médias, dans les forums, enfin partout où j’ai pu lire, cherché, regardé, pourquoi quand on évoque la "violence conjugale" on ne la conçoit que dans un seul sens ? A savoir celui des "hommes bourreaux et des femmes victimes"… Dans mon cas j’ai eu face à moi une perverse narcissique, et là aussi dans la majorité des cas, "pervers" est associé à "masculin" »

La violence faite aux femmes est terrible, atroce, légitimement condamnable, et il est bien d’agir préventivement comme on le fait actuellement. Toutefois une question subsiste : Comment donc ces hommes ont-ils été élevés ? Et par quel genre de femme ?

La violence des femmes est tue, et pourtant elle tue. Combien sont-ils comme cet homme, victimes silencieuses de leur conjointe ? Il est difficile de répondre avec certitude à cette question tant le tabou est fort. Rares sont les hommes qui oseraient se présenter au poste de police pour dire « j’ai été battu par ma femme ». Pourtant, bien que moins médiatique que pour leurs homologues féminins, la lutte contre les violences faites aux hommes commence sérieusement à être mise en lumière. Près de 10 % des hommes seraient victimes de violences conjugales. Mais à en croire plusieurs études américaines et canadiennes, le nombre d’hommes battus est largement sous-estimé. Ils seraient même tout autant victimes d’agressions physiques et psychologiques au sein du couple que les femmes. Des études sérieuses et sans préjugés aucunes ont prouvé qu’il y’a eu 8% de femmes battues et 7% d’hommes battus au Québec ces cinq dernière années. Chaque année en France, près de 130.000 hommes sont victimes de violences physiques ou psychologiques de la part de leur conjointe. Mais seulement 5% d’entre eux osent porter plainte, pour des raisons que l’on imagine : La honte et la culpabilité. En 2006, il y avait 1 homme tué tous les 13 jours par sa compagne. Par comparaison on avait 1 femme tué tous les 4 jours par son compagnon.

Au Cameroun, j’ai encore en mémoire une scène vécue dans une famille ou l’homme pour s’être opposé en public à sa femme s’était entendu dire par cette dernière : « Tu me connais, tu sais qui je suis… ». Il n’en fallait pas plus pour que chacun imagine les violences que son mari devait subir dans leur couple. En 2001, le très sérieux CRED (cercle de recherche sur les droits et les devoirs de la personne humaine) à établi un tableau des violences faites aux hommes par les femmes. Il ressort de ce tableau que : 47,4% des violences sont verbales, 28,5% économiques, 27,4% physiques, 25,1% psychologiques et morales, 17,5% sexuelles, 8,8% rituelles, 8,4% des assassinats et 2,2% autres violences. Les violences conjugales faites aux hommes transcendent les continents et les peuples.

Ailleurs comme ici, limiter aux seuls hommes l’utilisation fréquente de la violence serait réducteur. Les femmes ne sont pas en reste dans la cruauté, dans des violences aux desseins horribles. La violence n’a pas de sexe et elle est récurrente dans le couple. On devrait donc tout simplement parler et combattre la « violence conjugale » et non uniquement la violence faite aux femmes. Bien sûr, un poing d’homme fera plus de dégâts mais dans 80 % des cas, les femmes compensent cette faiblesse relative en utilisant des objets pour frapper et retrouver ainsi l’équivalent de la force d’un poing masculin. En outre, elles frappent, mordent, griffent, giflent, répandent du café bouillant et eau chaude, brûlent au fer à repasser, contusionnent. Par définition, on confère le statut d’agresseur aux hommes, parce que la nature, comme le système hormonal, leur a donné une musculature supérieure à la femme. Un homme doit représenter l’autorité familiale, il ne doit pas pleurer et, pour cela, il est impensable qu’il puisse lui aussi être victime. La violence des femmes est impensable pour beaucoup de gens, donc on croit qu’elle n’existe pas. Pourtant, la situation est peut-être encore plus dure à vivre pour les hommes que pour les femmes car leur identité masculine est parfois niée. Il leur est difficile, voire parfois impossible de déposer une plainte. Dans la même situation, la déposition d’une femme sera immédiatement prise en compte, elle sera soutenue, on la plaindra. Mais l’homme, lui, n’est plus un homme. C’est ce que déplore Sylvianne Spitzer, psychologue et fondatrice de SOS hommes battus, la seule association venant en aide aux hommes battus en France. « Si une femme vient dans un commissariat sans preuves, en disant que son mari la frappe, on va la pousser à porter plainte et l’homme sera placé en garde à vue. En revanche, si un homme se présente à la police avec des preuves en disant que sa femme le bat, une fois sur deux on va lui rire au nez et trois fois sur quatre on refusera qu’il porte plainte. En général, les femmes ne sont pas placées en garde à vue et si elles passent au tribunal, il ne leur arrive pas grand-chose, voire rien du tout. »

Mais ce n’est pas seulement en matière de violences physiques que les femmes peuvent exceller. La manipulation psychique est une autre forme de violence dont les hommes se trouvent victimes. Elles les blessent, humilient dans leur intégrité, leur virilité en les dénigrant par des mots, les traitant de mauvais amant, mauvais père, les castrent psychologiquement. La manipulation est insidieuse pour pousser à la violence car rusée, la femme sait qu’en cas de coups, elle aura tout un arsenal d’aide, d’écoute et de structure pour s’en sortir. Toujours selon Sylvianne Spitzer, quels que soient les cas de figure, un profil-type des femmes violentes se dessine. « C’est à l’origine une petite fille très capricieuse, qui utilise la colère pour obtenir tout ce qu’elle veut. Elle vient soit d’une famille où le père exerçait une violence, soit d’une famille où la mère était très dominante, ce qu’elle a transmis à sa fille. Le fait d’être en couple va faire ressortir tout ça à l’âge adulte, notamment à la naissance du premier enfant : le père est alors limité à son rôle de géniteur, d’apport financier, il est réduit à sa plus simple expression. » Les hommes eux, sont souvent très amoureux, dans le déni complet. « Ce sont des hommes peu sûrs d’eux, passifs, qui mettent la femme sur un piédestal. Ils n’ont aucune capacité de décision. Au début des violences, ils pensent qu’ils s’y prennent mal, ils cèdent à tous les caprices. Les femmes ne sont jamais confrontées à un contre-pouvoir. On entre alors dans une spirale », ajoute la psychologue.

En France, une "journée nationale de sensibilisation aux violences faites aux femmes" a été instituée le 25 novembre par le Parlement français (loi du 9 juillet 2010). Tout cela est très bien, mais est-il raisonnable d’accepter qu’une politique publique soit menée dans un pays en laissant complètement à l’écart l’un des deux sexes ? Toutes ces politiques nous parlent aujourd’hui beaucoup des enfants témoins de ces violences qu’il faut protéger : Est-ce qu’un enfant voyant son père se faire battre doit être moins considéré qu’un enfant voyant sa mère se faire battre ? Comme dans le cas de violences conjugales faites aux femmes, les hommes craignant que la violence de leur épouse ou conjointe ne rejaillisse sur leurs enfants, Ils encaissent, subissent et protègent ainsi leurs enfants. Il est évident que la société s’attache moins au sort de ces hommes, estimant qu’ils sont plus autonomes financièrement et plus à même de rebondir en cas de litige dans le couple que les femmes. Pour plusieurs raisons, cet état de fait oublieux des pères et des hommes doit cesser au nom notamment des valeurs de justice et d’égalité, car la souffrance n’a pas de sexe.

Source : ADF



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