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20
avri
2016

Fin de l’enfant unique en Chine : « Un faible impact économique »

Pékin a aboli jeudi la politique de l’enfant unique mise en place en 1979. Responsable de l’Institut de recherche sur l’économie de la Chine (IDREC), Mary-Françoise Renard analyse les conséquences économiques d’un changement social majeur.

LE FIGARO - Comment peut-on expliquer cette décision d’abolir la politique de l’enfant unique prise jeudi le Parti communiste chinois ?

Mary-Françoise Renard - Il y a deux grandes raisons pour expliquer ce changement. La première est démographique et économique dans un pays fortement impacté par le vieillissement rapide de sa population. Au moment où cette réforme avait été installée, elle représentait un réel avantage pour la Chine. La population était jeune et en âge de travailler. Aujourd’hui, le rapport est beaucoup moins favorable car la part des personnes de plus de 60 s’est accrue. Désormais, il faut payer leur retraite, ce qui coûte cher au pays. La volonté affichée est donc de rajeunir la population pour revenir à un équilibre. L’autre raison est davantage sociale. Avec l’accès grandissant à l’information, les Chinois ont compris dans quelle condition la politique de l’enfant unique avait été installée. Ce dogme était très mal perçu dans le pays. L’annonce de la suppression est bien évidemment une mesure populaire.

LF : Cette mesure a aussi une volonté économique pour la Chine qui souhaite se moderniser en se tournant vers entrepreneuriat et le high tech. Comment cela pourrait se traduire dans les faits ?

MFR : Je pense que c’est avant tout une volonté globale de la part du gouvernement chinois. Le pouvoir souhaite rajeunir sa population afin d’accroître, à terme, le nombre de personnes en âge de travailler, notamment parce que le réservoir de main d’oeuvre venant de la campagne s’est tari. Pour améliorer sa compétitivité, la Chine doit désormais développer son niveau technologique. Elle a pour cela besoin d’une main d’oeuvre jeune et bien formée.

LF : Le PDG de Disney, Robert Iger, s’est déjà félicité de cette nouvelle. Certains groupes dont le français Danone, ont vu leur action grimper suite à la décision du gouvernement chinois. Quel secteur pourrait le plus profiter de cette nouvelle politique ?

MFR : L’impact économique ne sera pas si important que ça. Avoir un enfant aujourd’hui, en Chine, coûte très cher avec des frais scolaires et médicaux très élevés. Socialement, c’est surtout une liberté donnée à un moment où les Chinois estiment que ce n’est pas au gouvernement de choisir combien d’enfants ils peuvent avoir. Cependant, je ne m’attends pas à un boom de la fécondité même si désormais avoir un second enfant ne conduira pas à une amende. L’ouverture risque d’être minime et la natalité ne va pas exploser car il va falloir ensuite des logements plus grands. Avec une éventuelle hausse de la natalité, le marché va s’élargir notamment pour les sociétés du domaine de la petite enfance, les produits pour les nourissons. Le signal envoyé est ainsi positif et la Bourse réagit toujours aux signaux positifs.

Source : Le Figaro

Mary-Françoise Renard est professeur à l’Université d’Auvergne (Faculté des Sciences Économiques et de Gestion) et responsable de l’Institut de recherche sur l’Économie de la Chine (IDREC) au CERD.



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