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22
octo
2015

États-Unis : une trentaine de traders impliqués dans une affaire de délit d’initiés

Une trentaine de courtiers, dont des Français, sont accusés d’avoir engagé des mercenaires-hackers basés en Ukraine pour se procurer illégalement des informations secrètes sur des entreprises et réaliser de juteuses opérations boursières.

La justice américaine s’attaque à l’une des plus vastes affaires de crime en col blanc. Si les montants de la fraude ne sont pas encore astronomiques, la méthode utilisée et le nombre de personnes incriminées sont inédits. Les autorités ont en effet arrêté ce mardi des dizaines de traders impliqués dans la plus vaste affaire de délit d’initiés, liés à la montée en puissance de la cybercriminalité.

Le gendarme de la Bourse, la SEC, accuse deux hackers ukrainiens et 32 courtiers américains et internationaux dont deux fonds parisiens, Omega 26 et Guibor, d’avoir engrangé 100 millions de dollars de gains illégaux. Dans une action parallèle menée par les antennes du New Jersey (est) et de Brooklyn (New York) du département de la Justice américaine, neuf personnes sont accusées d’avoir empoché plus de 30 millions de dollars de gains illégaux. Plus de 20 chefs d’inculpations pèsent sur les suspects, allant de fraudes sur des titres financiers et fraudes électroniques au blanchiment d’argent et complot, indique le Wall Street Journal.

Vitaly Korchevsky, l’un des traders arrêtés ce mardi, serait à la tête de ce vaste réseau criminel, indique l’agence Bloomberg. Le parcours du Russe de 50 ans avait tout de la « success story » à l’américaine. Après avoir achevé ses études en Russie, Vitaly Korchevsky a obtenu un MBA en 1995 à l’université Regent, une institution chrétienne privée fondée par le télévangéliste Pat Robertson. Il a également réussi l’examen d’analyste financier puis il a fait fortune à Wall Street en créant sa propre société. Le schéma présumé de la fraude s’étend ainsi des banlieues aisées de Philadelphie, où Korchevsky a créé un petit fonds d’investissement, jusqu’à la Russie et à l’Ukraine en passant par les royaumes les plus sombres d’Internet.

Le principe de la fraude est simple. Des hackers basés en Russie ou en Ukraine se sont introduits dans les bases de données de trois sociétés spécialisées dans la publication de communiqués de presse, Business Wire, PR Newswire et Marketwired, pour se procurer les informations contenues dans les communiqués de presse avant leurs publications officielles. Ensuite, avec l’aide de Vitaly Korchevsky, les pirates ont utilisé ces informations financières sensibles et non publiques - sur des opérations de fusions-acquisitions ou des résultats d’entreprises par exemple - pour réaliser des opérations boursières avant tout le monde et ainsi engranger des profits. « Les accusés ont perpétré une fraude internationale en ‘hackant’ les serveurs d’au moins deux services de communiqués de presse et en volant (...) des informations portant sur les résultats d’un nombre d’entreprises cotées qui n’étaient pas encore disponibles pour le grand public », fustige la SEC dans sa plainte.

Entre février 2010 et mai 2015, le système est devenu de plus en plus complexe

Le système mis en place en février 2010 jusqu’en mai 2015 serait devenu de plus en plus complexe au fil du temps avec de plus en plus de personnes impliquées, confient les autorités américaines au Wall Street Journal. Les gangsters présumés se réunissaient dans les coins sombres du web pour collaborer ou échanger différentes compétences criminelles, comme le piratage de données informatiques ou des fraudes financières, pour en retirer d’importants profits, ajoute le quotidien financier.

La fraude aurait permis de dérober plus de 150.000 communiqués de presse, dont près de 800 communiqués auraient été utilisés pour réaliser des opérations boursières, indique le Wall Street Journal. Parmi les entreprises visées, on retrouve l’avionneur Boeing, le fabricant des engins de chantier Caterpillar, le conglomérat industriel Honeywell, le chimiste DuPont, le constructeur automobile Ford, la compagnie aérienne Delta Air Lines, le groupe informatique Hewlett Packard (HP), le groupe de vidéo en ligne Netflix, le fabricant d’armes Smith & Wesson ou encore Bank of America, deuxième banque américaine en termes d’actifs.

Vitaly Korchevsky aurait joué la courroie de transmission entre les deux mondes, souligne Bloomberg. Ce dernier n’a jamais été une star de la finance mais il a occupé divers postes à des niveaux de hiérarchie distincts : il a travaillé pour la célèbre banque Morgan Stanley puis il est passé par les bancs du fonds d’investissement Victus Capital à New York avant de créer son propre fonds, NTS Capital Fund, à Glen Mills, en Pennsylvanie.

La justice américaine accuse Vitaly Korchevsky d’avoir empoché 17,5 millions de dollars de profits illégaux. Un montant encore bien inférieur à d’autres délits d’initiés historiques, comme celui du cofondateur du fonds Galleon, Raj Rajaratnam, d’un montant de 72 millions de dollars et loin de celui de Mathew Martoma pour 275 millions de dollars. Mais l’enquête ne fait que commencer et pourrait révéler bien d’autres surprises.

Source : Le Figaro



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