L'article

21
mars
2008

Carte postale de Ngomedzap

Situe dans la province du centre, et plus précisément dans le département du Nyong et NSO’O, le petit village de Ngomedzap rendu célèbre par les sketch du non moins célébre OTSAMA Mot Bikie( OTSAMA Homme de fer) nous est présenté ici par un natif de cette région demeurée dans l’enclavement total malgré ses nombreux d’élites.

depuis Yaounde, trois principaux axes s’offrent a tout visiteur desireux de se rendre dans le village aux chenilles, entendez Ngomedzap.

a)- Premier tronçon : de Mbalmayo, chef-lieu du département, en passant par l’axe lourd Ebolowa, Mengueme,pour atterir a Ngomedzap. Soit 113 km dont le tronçon Mengueme - Ngomedzap 25km toujours impraticable depuis des années.

b)- Second tronçon : de Mbalmayo a Akono, puis Olama, et enfin Ngomedzap. Soit 115 km environ. C’est l’axe opérationnel en ce moment.

c)- Troisième tronçon : La construction de l’axe lourd Yaoundé – Kribi passant par Ngomedzap, rendra le parcours aisé et la distance réduite à 90km.

A Mbalmayo où vous prenez votre car Hiace de 9 places à la gare routière, vous serez surpris de vous y retrouver au nombre de 15 serrés comme des sardines ; tant pis pour ceux qui traînent avec eux des rhumatismes chroniques. De plus, vous avez un voyage de 3 à 4 heures de temps, entrecoupé de contrôles de Police et de Gendarmerie où à chaque étape, le chauffeur doit casquer au moins 2 000F CFA. Aucune pièce du véhicule ne lui est demandée. Un constat qui reste valable a l’echelle du pays. Le tout est couronné par un voyage sur une route en terre, mal entretenue dans un nuage de poussière, qui lors d’un croisement avec un autre véhicule, tend à vous asphyxier en saison sèche. C’est un ouf de soulagement que pousse le passager arrivé enfin à destination, méconnaissable parce que tout couvert de poussière, les membres endoloris et ankylosés par les secousses d’une carcasse mal entretenue, qui n’est jamais passée dans une laverie. Le voyage est encore plus difficile en saison pluvieuse où vous devez descendre par endroits pour sortir votre car du bourbier.

Pendant le voyage, vous découvrez un paysage de forêt où les arbres, les herbes et ronces ont tendance à étouffer, et à envahir la route et les habitations situées de part et d’autre. Il est aussi courant de trouver un arbre tombé en travers de la route, obstruant complètement une chaussée d’à peine 3 m de large. Les files de voitures sont alors immobilisées dans les 2 sens pendant des heures, le temps de trouver le scieur du village et de négocier avec lui. C’est des spectacles tristes auxquels sont habitués les voyageurs de la ligne. Dans la forêt, vous n’avez pas un paysage à perte de vue comme à l’Ouest ou dans la partie septentrionale du pays où la végétation se compose d’herbes et des arbres courts parsemés. Vous êtes constamment sous des arbres et des feuillages. Tel est le spectacle qui attend le passager à destination de Ngomedzap.

Cette unité administrative coloniale fut jadis célèbre et populaire par le dynamisme de certains de ses valeureux fils, planteurs de vastes champs de cacaoyers à partir desquels ils ont bâti leur fortune devenant ainsi de grands commerçants, transporteurs et investisseurs de la localité. Les bâtiments à usage commercial qu’ils ont laissés, vieux de plusieurs décennies et qui faisaient la fierté de la ville, traduisent la grande désolation dans laquelle git ce petit village. ils n’ont pas pu résister aux intempéries au fil des ans, du fait de leur abandon et au manque d’entretien. Lesquels manques, sont eux mêmes subséquents au manque de moyen financiers auquel s’ajoute l’indifférence totale de l’administration camerounaise devant ces bâtiments qui pourraient rentrer dans ce qui est appelé sous d’autres cieux, patrimoine nationale.

Lorsque nous arrive l’occasion de passer par là, nous n’avons que nos yeux pour pleurer et nous rendre compte que le grand village n’a plus de dignes fils. Nous allons citer au passage et pour mémoire ces vrais patriotes : AYISSI Charles, ABANDA Edouard, ATANGANA OLOA, ESSOMBA Patrice, FOUDA NNANGA, OWONA WOLFGANG…….

Des commerçants grecs comme EKOKINIDES, POLAKIS détenaient de grands commerces aujourd’hui abandonnés. Nous n’oublierons pas ces commerçants Bamilékés, victimes de la xénophobie d’un certain Paul MANI, qui animaient ces célèbres marchés périodiques qui se tenaient une fois par mois et qui donnaient l’occasion aux populations des villages allant à plus de 30km de découvrir la richesse, les merveilles de l’homme Blanc à cette époque d’avant et d’après l’indépendance du Cameroun.

C’était aussi l’occasion pour les jeunes ruraux de se tisser des relations, de découvrir le monde de la civilisation ; car ils y trouvaient des bâtiments abritant des services publics de la Sous-préfecture, de la Poste, de la Brigade de Gendarmerie, de la Mairie, du dispensaire et surtout la grande église de la mission catholique qui a fortement marqué négativement la raison de tout un peuple, et qui couvrait une zone ecclésiastique de 25km de rayon environ. Les fidèles se retrouvaient chaque dimanche pour les offices religieux, autre moment de grande communion.

Ngomedzap est aujourd’hui, une ville en ruines, envahi partout par le sissongho, de quoi se demander que font l’administrateur municipal, le Sous-préfet même la forte élite présente, constituée de ministres, de directeurs généraux, des colonels, des commissaires et d’autres hauts fonctionnaires chargés de la gestion de la fortune de l’Etat, est totalement absente. Sa présence n’est ressentie que lors des échéances électorales dans les campagnes où l’on profite de la naïveté et de l’ignorance de l’électorat villageois pour obtenir un plébiscite de " 100%. "

Je me rappelle que jadis, l’association des élites du coin avait ouvert une station d’essence ; ce qui permettait d’observer des mouvements permanents des populations et des véhicules en provenance par exemple de Mvengue, autre localité considérée comme un bled et redoutée des fonctionnaires, pour s’approvisionner. Cette station a fermé depuis les lustres. Personne n’y pense plus.

Les villages périphériques de Ngomedzap : Abod Mveng, Nnom Nnam, Nkolbewa, Nkoabe… Constitués des groupes ethniques : Mvog Atangana Mballa, Mvog Fouda, Mvog Essomba Ndana, Mvog Belinga furent de grandes contrées s’étendant sur une distance de 5km et avec une forte densité de population. De Ngomedzap à Nkoabe en passant par Nkolbewa II, une distance de 3km, il n’y avait qu’un bosquet occasionné par un ravin et un assez grand cours d’eau. Il était impensable qu’une concession soit dans la broussaille. Toutes les cases en terre battue étaient blanchies à la chaux, les cours nues, la route du village entretenue, les moindres cassis étaient immédiatement remblés de la latérite. Bref, chaque villageois avait une portion de route qu’il avait l’obligation d’entretenir sous peine de représailles de l’administration coloniale qui a sévi bien après l’indépendance matant fortement les esprits rebelles ou / et récalcitrants.

L’ensemble de l’arrondissement représente aujourd’hui un visage de désolation. La plupart des cases sont tombées en ruines, d’autres abandonnées dans la broussaille. Les villages, qui autrefois grouillaient de monde sont aujourd’hui presque déserts ; ils se sont vidés des jeunes qui devaient assurer la relève et dont les ¾ ont été emportés par le vent de l’exode rural pour chercher en ville le bien-être que le village n’a pu leur procurer. Ngomedzap chef lieu, est aussi envahi de sissonghos. Tous les édifices publics et privés, les boutiques sont dans la broussaille au point où on a du mal à croire qu’on est en ville quand on y arrive pour la première fois.

Les activités des jeunes ruraux se confondent avec celles des adultes où l’essentiel se résume dans les travaux éreintants des champs. Il s’agit des activités de revenus pour la survie. Les jeunes ne rêvent que de la survie ; leur épanouissement est dans la misère ambiante faite de rancune, de méchanceté, de sorcellerie, de consommation abusive de vin de palme et de l’arki qui est aussi pour eux une sorte de doping.

Le cacaoyer, seule culture de rente instituée obligatoire par le colon, a des plantations parfois à 15km dans la forêt. La majorité des planteurs a construit des cases dans les cacaoyères où ils restent parfois des mois durant. Pendant les récoltes de cacao, le transport est assuré par les jeunes dopés qui font le parcours avec un demi-sac ( 40 à 50kg ) sur la tête ou sur le dos. D’autres réussissent l’exploit de parcourir la distance 2fois en un jour pour gagner plus d’argent. La vie n’est vraiment pas aisée pour ces populations du Cameroun qui ne connaissent que l’agriculture itinérante sur brûlis avec ses multiples inconvénients. L’évacuation des produits plus ou moins abondants, selon les zones, vers la métropole Mbalmayo n’est non plus facile. Le mauvais état des routes et les fluctuations des tarifs par car en saison des pluies exacerbent les conditions de vie des habitants de Ngomedzap.

Par Laurent Essomba



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Les commentaires (3)

  • Commentaire 4491 modular homes upstate NY
    le 5 juin 2013  à 13:49

    KkjXkH Thanks for the blog post. Want more.

  • Commentaire 4492 green modular homes
    le 5 juin 2013  à 13:51

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  • Commentaire 4496 modular homes New York
    le 5 juin 2013  à 14:04

    WmeUAQ A round of applause for your blog article.Thanks Again. Really Cool.

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