L'article

- edito
23
juil
2012

Cameroun:Des nombres et du tribalisme

L’actualité camerounaise de la semaine dernière a été particulièrement dominée par l’apparition en ligne et dans la presse écrite d’une note de Mgr Tonye Bakot relative aux statistiques (ethniques) à l’université catholique d’Afrique centrale (Ucac). Dans cette note adressée au Révérend Père Martin Birba, Doyen de la faculté des Sciences sociales et de gestion de la dite université, le prélat semble s’étonner de la surreprésentation des ressortissants de l’ouest du Cameroun aussi bien dans la sphère enseignante que celle des étudiants. Quand on sait à quel point ce qu’on appelle aujourd’hui la question bamileké est devenue sensible au Cameroun, on ne pouvait que s’attendre à des réactions virulentes et parfois même épidermiques.

Disons simplement que Mgr Bakot, en sa qualité de Grand chancelier de l’Ucac, fait entre autres l’observation suivante sur la répartition des étudiants de l’Ucac selon leur région d’origine : « Centre 194 ; Est : 9 ; Littoral : 214 ; Nord : 32 ; Nord-ouest et Sud-Ouest : 36 ; Sud : 115 ; Ouest : 721.
- Comment se fait-il que la seule région de l’Ouest compte près de 60% des étudiants à EKounou ? Est-ce parce qu’ils embrassent les filières scientifiques et commerciales plus que les autres ? Ou bien est-ce parce qu‘ils bénéficient d’un traitement de faveur ? Ou est-ce parce qu’ils trichent ? Autant de questions que l’on se pose quand observe le poids écrasant des étudiants de l’Ouest ».

Il s’agit ici d’une observation statistique qui soulève des questions naturelles que se pose le prélat. Scientifiquement, son questionnement a un sens sauf qu’ici, il sera difficile de convaincre les camerounais du bon sens dans l’étonnement du grand chancelier. Personne ou du moins la plupart ne semble y voir un souci d’équité et ce n’est pas le silence du prélat ou le licenciement apparemment lié au scandale du père Lado qui porteront secours à l’archevêque de Yaoundé. Sa sortie ce jour n’apporte pas plus de lumière sur le but profond de ses données statistiques, l’analyse nonchalante et précipitée qu’il en a faite.

Que l’on soit pour ou contre le prélat, ce qui étonne ici est sa démarche et celle de son institution. On peut se demander en effet ce qui a motivé une telle évaluation des nombres basée sur la région d’origine dans un établissement tenu par des hommes de Dieu. N’est-il pas enseigné par eux que les chrétiens forment une seule famille et qu’un prélat une fois consacré n’appartient plus à sa famille de sang, n’a plus de tribu si ce n’est celle des enfants de Jésus ? Comment expliquer une telle démarche donc ? Pour quoi le prélat ne s’étonne t-il pas par exemple de la surreprésentation de la gent masculine parmi ses enseignants et leurs étudiants ?

Au delà de notre étonnement, on a envie de se demander si le questionnement de Mgr Bakot est motivé par des rumeurs ou des faits avérés. Dans ce cas pour quoi le prélat n’en fait pas mention dans sa note et pour quoi reste t-il silencieux face à la campagne lancée contre lui ou n’apporte pas de meilleures lumières ?

Il semble néanmoins difficile de défendre l’archevêque de Yaoundé au vu de la forme et du fond de sa note au révérend Birba pour au moins une raison. La surreprésentation des ressortissants de l’ouest du Cameroun dans une institution ne devrait plus à nos jours surprendre quiconque, ce phénomène peut s’observer dans beaucoup d’autres institutions et le prélat ne peut pas ne pas le savoir surtout que plusieurs fois des gens de mauvaise foi on soulevé la question. Ceci est probablement une conséquence de la loi faible des grands nombres et c’est elle la seule responsable. Quand bien même il n’y aurait ni corruption ni favoritisme, cette loi continuerait à sévir et les enfants de l’ouest auront (probablement) toujours plus de chance d’être les plus nombreux à l’Ucac (à moins de mettre en place de nouveaux critères d’entrée et de réussite qui ne pourront alors qu’être injustes si leur but premier est d’exclure les ressortissants d’une région précise). Et il n’y a aucun mal à cela tant que les critères de sélection restent justes et objectifs. A moins que ceux qui ont décidé de faire des enfants de l’ouest les boucs émissaires des problèmes du Cameroun nous prouvent le contraire.

Benoit Sehba



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Les commentaires (2)

  • Commentaire 423 wonga
    le 10 août 2012  à 00:08

    rien à rajouter à cet édito..
    promouvoir la méritocratie pour le gouvernement du pays seul gage de développement.

  • Commentaire 1875 Georges alain Mbouya
    le 31 janvier 2013  à 10:29

    Merci Bao pour la précision que tu apportes à ton papier, mais bien au délà, l’on ne devrait pas oublier que l’UCAC a d’abord comme moyen de selection l’argent, combien sont-ils des camerounais capables d’inscrire leurs enfants dans cette institution ? il s’agit d’un vrai combat de classe auquel l’on veut captiver quelques "tribalistes".Parlant des statistiques, il est loyal pour Monseigneur de dire quelles sont les motivations de son interrogations, il est vrai que le pays pourrait connaitre un problème bamiléké , mais il faut eviter toute chose qui fanatiserait les populations, nous sommes une nation à construire, loin de l’idée de la republique, il faut apprendre ailleur pour construire solidement nos nationnalités.

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