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8
avri
2014

Cameroun/Belgique - Interview de Moise ESSOH : Le CODE & le CCD rendent visite à Paul Biya à Bruxelles

© Moise ESSOH | Correspondance|CIN

Fidèles à leur promesse, les militants du CODE & du CCD ont donc effectué une descente à l’Hôtel Méridien pendant le séjour de Paul Biya en Belgique. L’action a eu lieu mercredi 02 avril aux environs de 21H15, malgré l’impressionnant dispositif de sécurité déployé autour du président Paul Biya.

Le CODE & le CCD rendent visite à Paul Biya en Belgique malgré le dispositif de sécurité

Fidèles à leur promesse, les militants du CODE & du CCD ont donc effectué une descente à l’Hôtel Méridien pendant le séjour de Paul Biya en Belgique. L’action a eu lieu mercredi 02 avril aux environs de 21H15, malgré l’impressionnant dispositif de sécurité déployé autour du président Paul Biya. Arrêtés par la police belge sur demande insistante des services de sécurité camerounais, ils ont été libérés un peu plus tard dans la même nuit. Ils été reconduits, sous une escorte comme des chefs d’Etat dans les rues de Bruxelles, jusqu’au domicile de l’un d’entre eux. Un autre jeune militant accompagnant le groupe également a été brièvement arrêté pour contrôle par la police belge et rapidement relâché. Nous avons rencontré le Dr Essoh, à l’occasion de la publication d’une courte vidéo de l’action.

ESSAMA Joël Benoît : Dr Essoh bonjour. Comme on s’y attendait, vous avez tenté de mener une action sur les lieux de résidence du président Paul Biya, qui était à Bruxelles pour le sommet UE-Afrique. Cela malgré un impressionnant dispositif de sécurité mis en place par le régime ! Racontez-nous donc cette soirée.

Moïse ESSOH : Bonjour. En bref, peu après 21H00, nous avons décidé de marcher pacifiquement en direction de l’Hôtel Méridien du centre de Bruxelles où séjournait le chef du régime camerounais, Paul Barthélemy Biya. Nous manifestions, au nom du peuple camerounais, notre ras-le-bol contre les violations massives et incessantes des droits humains au Cameroun, le pillage et le bradage des ressources du pays et surtout la confiscation du pouvoir par M. Biya, en place depuis 32 ans. Nous avions confectionné un tract dont vous avez la copie ici. Nous étions quelques militants camerounais du CODE et du CCD. Devant cet hôtel de grand luxe, nous avions déjà repéré une quarantaine d’agents de sécurité camerounais, genre « Men in black », costumes noirs, cravates noires, chemises blanches. D’autres, de tenue volontairement négligée, rôdaient dans les rues alentour. Au total, au moins 50 à 60 agents étaient en service ce soir-là. Nous avons pu également constater que ce dispositif de sécurité camerounais était encadré par la police belge. Nous avons choisi d’arriver sur les lieux par petits groupes. Le premier groupe arrivé était composé du Dr Ndjoumi et du combattant Bertrand Teyou. Ils ont été immédiatement interceptés par les hommes en noir de la présidence camerounaise, qui les ont signalés aux policiers belges. Réagissant en légitime défense, le militant Teyou a énergiquement repoussé des agents camerounais qui tentaient de l’enserrer de leurs bras. On le voit dans la courte vidéo prise par le Dr Ndjoumi dans les conditions du direct et que nous diffusons aujourd’hui. Immédiatement, la femme commissaire de police qui dirigeait la patrouille s’est interposée a repoussé avec une autorité exemplaire les barbouzes camerounaises qui voulaient déjà s’adonner à leur exercice favori, le tabassage des opposants. Dans la foulée, Ndjoumi et Teyou ont été conduits au poste de police pour détention administrative. La police a vérifié s’ils faisaient partie d’une liste de noms que les services camerounais leur avait préalablement signalés. Le Dr Ndjoumi et Teyou apprendront pendant leur détention que Paul Biya s’est fait déclaré « président à risque » en Belgique, ce que les policiers ont expliqué comme étant une catégorie de présidents « dont la présence est susceptible d’entraîner un trouble à l’ordre public ». La police belge dans ce cas-là, est obligée de prendre des dispositions « pour éviter le trouble » en question. Quelque temps après, la police a reconduit nos camarade près de l’hôtel pour qu’ils récupèrent leur véhicule, et les a escortés à travers la ville jusqu’au domicile indiqué. Les policiers avaient ordre de les conduire jusque chez eux. Ainsi donc, la voiture des militants du CODE et du CCD a traversé les rues de Bruxelles, escortée par la police comme une voiture VIP.

EBJ : Et vous-mêmes personnellement ?

M.E. : En fait, j’étais à peine sorti de la gare centrale de Bruxelles en compagnie d’un jeune militant et d’un camarade congolais rencontré en chemin, à plus de 100 m de l’Hôtel, que j’ai été intercepté par des agents de sécurité camerounais dont l’un m’a apostrophé « Ou allez-vous M. Moïse Essoh ? ». J’ai eu beau jouer pour pouvoir passer, cela n’a pas marché. Ils étaient assez nombreux. Notre jeune camarade, l’ami congolais et moi avons été forcés de passer près de l’Hôtel sans y entrer. Nous avons un peu tournés autour de l’Hôtel, mais toutes les issues étaient bien surveillées, et la police présente partout. D’ailleurs, 3 sbires en tenue négligée nous suivaient sans cesse. Puis nous sommes revenus vers l’entrée principale et nous avons vu que les camarades Ndjoumi et Teyou avaient été arrêtés entretemps. C’est alors que je me suis rappelé qu’en octobre 2011, quand nous avons manifesté contre la fraude électorale devant l’Ambassade du Cameroun, on nous a gardé toute la journée jusqu’à la fin du scrutin. Anticipant une éventuelle consigne de garder les camarades jusqu’au départ de Paul Biya, c’est-à-dire jusqu’au lendemain, j’ai choisi de ne pas me faire arrêter cette fois-ci, pour pouvoir alerter l’opinion et assurer la mise en œuvre de toute autre action nécessaire. Un agent de sécurité camerounais était entretemps en train de me coller partout où j’allais, au propre comme au figuré. J’ai donc décidé de l’entrainer à l’intérieur de la gare pour l’isoler et le semer, puis je suis directement allé au Commissariat central, en ayant pris soin de lancer préalablement l’alerte sur les réseaux d’information.

EBJ : Pourquoi avez-vous quand même tenté l’opération malgré un tel dispositif de sécurité ?

M. E : Si nous avons tout maintenu l’action malgré le dispositif de sécurité, c’est pour des raisons pédagogiques et politiques : il est temps que la terreur et la peur cessent de paralyser les Camerounais lorsqu’il s’agit d’exprimer pacifiquement ses opinions ! Le régime joue sur la peur pour nous empêcher de nous exprimer, pour nous empêcher de mobiliser les compatriotes en vue d’un changement réel. Un autre Cameroun que celui du RDPC-Biya est possible ! Et c’est justement ce que ce régime veut empêcher les Camerounais d’espérer. En cet autre Cameroun. Biya et les siens veulent que les Camerounais les supportent même s’ils les détestent. Eh bien, pour le cas de la diaspora, nous démontrons là qu’ils ont échoué ! Même quand ils seront 1000, cela ne nous empêchera pas, à 5, de venir dire à Paul Biya « On en a marre de toi ! Dégage ! ». Remarquez que pour éviter d’entendre ces quelques mots avec ses propres oreilles, M. Biya et son régime ont payé des frais de séjour faramineux à toute une horde d’agents de sécurité, avec chambres d’hôtels, etc., au frais du contribuable camerounais. Juste pour ne pas entendre 3 personnes dire 7 mots ! C’est édifiant ! Pourtant nous n’avons l’intention de nuire physiquement à personne, sinon nous ne ferions pas des actions à visage découvert. Chaque fois qu’on se fait arrêter, même mercredi, la police n’a jamais trouvé sur nous le moindre objet contondant. Et dire « Dégage ! » à un président dont on n’accepte pas la gestion, ce n’est pas « outrager le chef de l’Etat » ! Obama, Jacob Zuma, Macky Sall, etc. entendent ça tous les jours, ils ne tuent pas ceux qui le disent ! C’est un simple exercice démocratique ! Mais c’est justement ça c’est le problème de Biya et son régime : la démocratie ! Biya et les siens n’étant pas des démocrates, c’est explicable qu’ils ne soient pas prêts à entendre ces quelques mots.

EBJ : Puisque vous dites qu’ils ne sont pas démocrates, n’avez-vous pas peur des conséquences pour vos familles restées au pays ?

M.E. : Oui, en effet, nous pensons à nos familles, et j’avoue que je suis inquiet pour elles. Mais nos familles savent aussi que, avec mes camarades, nous sommes déterminés à faire triompher la démocratie au Cameroun. Or il n’y a pas de démocratie sans liberté d’expression minimale. Doit-on menacer des gens innocents parce que leur fils ou leur cousin a juste dit « Quittes le pouvoir ! » à Biya ? Si à cause de ces petites manifestations pacifiques, où nous sommes à 4 désarmés contre 60 armés, avec seulement nos paroles et nos tracts pour nous exprimer, nos familles doivent être inquiétées au pays, alors vous comprenez que nous qualifions Paul Biya de dictateur sanguinaire ! Et qu’on ne vienne pas dire que nous « insultons le chef de l’Etat ». D’ailleurs mercredi soir, la police belge a même dû gronder une barbouze de Paul Biya qui menaçait sans vergogne notre jeune militant devant eux. La barbouze lui disait « On a vos photos ! On vous attend au pays ! Venez, vous aller voir comment on va vous accueillir ! ». Ce à quoi un policier belge a vertement répondu « Monsieur, restez tranquille ! On ne menace pas les gens comme ça ici en Belgique ! » Et l’agent de sécurité camerounais a rabaissé son caquet. Vous voyez donc que lorsqu’on promet la mort aux gens pour une manifestation aussi pacifique, on est vraiment dans une dictature féroce !!! Même si elle est entourée d’un gant de velours.

EBJ : Croyez-vous pouvoir tenir ce rythme, et jusqu’à quand ?

M. E. : Nous avons dit nous allons manifester devant la résidence de Biya chaque fois qu’il passera en Europe, pour lui signifier que le peuple ne veut plus de lui, qu’il libère les prisonniers politiques, qu’il dissolve ELECAM et se résolve à mettre en place un système électoral véritablement démocratique, qu’il permettre une véritable liberté d’expression. Nous constatons que M. Biya fait désormais appel aux autorités des pays européens pour protéger ses oreilles d’entendre ces volontés populaires. C’est à Paul Biya qu’il faut demander pourquoi il a peur d’entendre la voix du peuple que nous portons et jusqu’à quand il refusera d’entendre cette voix. Parce que de notre côté, nous sommes déterminés à lui dire ça sur tous les tons et de quelque manière que ce soit dès qu’il posera le pays en France, en Suisse, en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, et partout où nous pourrons aller le trouver. Même s’il décide de voyager avec tout un bataillon d’agents de sécurité.

EBJ : Alors la suite Dr Essoh ? Biya a quitté la Belgique. Vous attendez sa prochaine visite avant de réagir de nouveau ?

M. E. : Pour la suite, vous allez entendre. Vous savez, notre action ne se limite déjà pas seulement à aller manifester devant la résidence de Biya chaque fois qu’il passe en Europe. Nous menons d’autres actions sur lesquelles nous ne communiquons pas toujours. Comme vous savez, depuis bientôt 4 ans que la compétition a fortement diminué entre les leaders et les organisations de la diaspora, il n’y a plus de course dans les communications à outrance. Nous communiquons quand nous avons quelque chose à expliquer, à revendiquer publiquement, ou à proposer. Ne vous impatientez pas. Vous serez parmi les premiers informés des prochaines étapes de notre lutte.



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