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6
mai
2016

Au Japon, le chômage au plus bas depuis 20 ans ... sans aucune croissance

Le Japon n’a aucun problème sur le front du chômage. L’archipel est pourtant en récession et au bord de la déflation.

Voilà un chiffre qui ferait rêver François Hollande qui voit un peu plus « l’inversion de la courbe du chômage » s’éloigner : le taux de chômage au Japon a reculé de 0,3 point en octobre 2015 et affiche un insignifiant 3,1% de la population active, selon les statistiques publiées recemment par le ministères des Affaires intérieures.

Ce chiffre représente le plus bas taux de chômage dans le pays depuis vingt ans. Le Japon, qui résisté au fléau malgré les crises (il n’a jamais dépassé les 5,5% de taux de chômage) arrive encore à améliorer son marché de l’emploi. Paradoxe : le Japon est (de nouveau) rentré en récession avec un recul de 0,2% du PIB au troisième trimestre 2015 (-0,8% en rythme annualisé) et son économie est à la limite de la déflation. Autrement dit, le Japon est un pays, sans doute le seul, qui parvient, sans sourciller, à cumuler récession et plein emploi.

Croissance « déliée de l’emploi »

« Cette coexistence est fascinante » s’étonne William De Vijlder, directeur de la recherche économique chez BNP Paribas. Qui tente néanmoins une explication : « Cela fait longtemps en réalité que le régime de croisière du Japon est d’avoir une croissance faible. Ils ont tout simplement réussi à sortir du schéma classique liant croissance et emploi ». Une vision que confirme Jean-Yves Colin, économiste à l’Asia Centre , qui a dirigé plusieurs structures au Japon dans le secteur de la finance. « Il faut comprendre qu’il s’agit d’un pays où la croissance passe surtout par les gains de productivité, et est déliée de l’emploi. Finalement, pour eux, avoir +0,5% ou -0,5% de croissance, c’est quasiment la même chose ».

Les deux spécialistes reconnaissent en tout cas que le Japon bénéficie également d’une démographie très favorable pour le marché de l’emploi. Selon les chiffres du ministère du Travail, pour le mois d’octobre, pour 100 demandeurs de travail … 124 offres étaient disponibles. Un effet secondaire positif à court terme de phénomènes comme le vieillissement de la population ou l’exclusion d’une partie des femmes du monde du travail, qui sont, eux, problématiques à long terme.

Marché adapté

Mais c’est l’organisation du monde du travail qui permet aussi ces bons résultats comme l’explique Jean-Yves Colin : « Le marché de l’empoi au Japon est très flexible chez les plus jeunes qui occupent massivement des emplois précaires. De l’autre côté, chez les seniors, les salariés quittent souvent les grosses sociétés vers 59 ou 60 ans alors que l’âge de la retraite est plutôt vers 65 ans. Mais les entreprises sous-traitantes des grands groupes sont très demandeuses de profils expérimentés et offrent des contrats à durée déterminée, ce qui les maintient dans l’emploi jusqu’à la retraite ». Contrairement à la France, le « chômeur type » au Japon n’est ni le jeune ni le senior, mais l’homme « entre deux âges ». « Ceux qui font partie des 3,1% au Japon sont des hommes entre 35 et 55 ans, trop vieux pour occuper les emplois précaires destinés à la jeunesse, mais pas assez cependant pour décrocher des emplois de fin de carrière ».

« Les Japonais ne cherchent pas à profiter de la situation pour trouver un travail plus rémunérateur »

William De Wijlder, directeur de la recherche économique chez BNP Paribas

Et comme le Japon ne fait décidément rien comme tout le monde, cette situation exceptionnelle sur le front du chômage ne profite pas réellement au salarié. « En principe, un taux de chômage faible et une surabondance d’offres d’emploi permet au salarié de faire jouer la concurrence entre employeurs ce qui fait mécaniquement monter les salaires. Mais pas au Japon. Encore assez attachés à leur entreprise quand ils ont un emploi stable, les Japonais ne cherchent pas à profiter de la situation pour trouver un travail plus rémunérateur », détaille William De Vijlder. A tel point que le premier ministre conservateur Shinzô Abe a annoncé son intention de donner un coup de pouce au salaire minimum japonais, environ 780 yens de l’heure (6 euros), pour relancer une consommation qui ne repart pas.

Source : Le Figaro



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